Peur du lâcher-prise en hypnose : et si c’était une bonne idée ?

Cet article est l’avant-dernier volet de la série d’article consacrée aux blocages en hypnose (relire l’introduction Pourquoi l’hypnose ne fonctionne pas sur vous ? et la Partie 1 : Vos perceptions et vos attentes sont uniques).
Votre difficulté à rentrer en état d’hypnose est là pour une raison. Elle occupe une fonction protectrice, et comprendre cette dernière est un préalable pour ensuite déterminer si et comment la diminuer. Notons d’ailleurs que l’hypnose est déconseillée aux personnes concernées par des troubles psychiatriques (et notamment troubles bipolaires, schizophrénie, dépression lourde, trouble borderline, …). Plus globalement, aucun protocole ni aucun praticien ne feront pas le poids face à ce que vos parts plus ou moins conscientes de vous-même pensez être juste pour vous : c’est ce qu’on appelle votre écologie interne.
Votre difficulté à « lâcher-prise » au service de votre sécurité intérieure
Le lâcher-prise est une injonction à la mode depuis plusieurs années. Or, si vous grimpez en tête sur une falaise, à 50 mètres au dessus du sol, et que pour une raison mystérieuse plus rien à part vos mains et un appui précaire sur les pieds vous protègent de la chute, et que, en prime, vous avez envie de vivre, lâcher vos prises n’est pas la meilleure idée du moment. Tenir et trouver la meilleure stratégie possible pour vous sortir de cette panade (par exemple attendre du secours ou se diriger vers un lieu plus sécurisé) paraît plus pertinent.
En hypnose, c’est pareil. Si votre système considère que vous laisser imiter la poule devant 3000 personnes va à coup sûr crasher votre estime de vous même – à grande vitesse et quelques dizaines de mètres plus bas – il fera en sorte que cela n’arrive pas, quand bien même une partie de vous est prête à succomber à la pression de la foule. Les hypnotiseurs de spectacle aguerris repèrent bien ces « défenses hypnotiques » et évitent généralement de travailler avec des publics concernés par cela.
En hypnose d’accompagnement individuel, si ce qui gère votre sécurité intérieure doute que l’expérience que vous vous apprêtez à vivre est complètement sécure, alors il ne se passera rien.
De plus, parce que nous sommes programmés pour la survie, un état d’hypnose préalablement installé va s’arrêter naturellement si votre corps ressent un besoin immédiat ou primaire de se mettre en action (se défendre, s’enfuir, boire, manger, uriner…). On ne peut donc pas rester « coincé » indéfiniment sous hypnose. C’est d’ailleurs pour ça que vous ne risquez absolument rien en pratiquant l’hypnose en visio-conférence. En cas de coupure soudaine sans possibilité de poursuivre la séance (ce qui se fait aujourd’hui de plus en plus rare !), vous retrouverez seul et sans problème un état de conscience plus ordinaire.
Une bonne partie du travail d’accompagnant est de rendre possible la création de ce sentiment de sécurité. Parfois, cela prend du temps, en particulier (mais pas que) lorsque la capacité à faire confiance à autrui est au cœur du problème à traiter. Lorsque ce sentiment de sécurité ne vient pas, c’est une belle raison pour rentrer en dialogue avec soi ; par exemple, peut-être que quelque chose vous dit que l’accompagnant n’est pas la bonne personne pour vous, ou alors que c’est trop tôt pour rencontrer cette émotion qu’une partie de vous évite soigneusement.
Vous êtes maître de votre expérience : comment votre « écologie interne » (ce que vous savez consciemment ou non être juste pour vous) oriente vos chances d‘atteindre vos objectifs sous hypnose
Un accompagnent qui ne prend pas en compte vos résistances ne va pas bien loin
En cabinet d’hypnose ericksonienne, il est fréquent de rencontrer des formes de résistance à l’entrée en hypnose dès qu’il s’agit de commencer à se connecter à des sujets sensibles pour soi, alors même que des exercices hypnotiques d’entraînement se sont très bien passés.
Dans une hypnose plus passive, comme lorsqu’il s’agit de recevoir un protocole d’hypnose, vous pouvez vivre et ressentir un état hypnotique, voire de premiers effets bénéfiques liés à votre problème (exemple : être dégoûté de la cigarette). Mais ça ne tiendra pas si une partie de vous considère toujours qu’il est hautement bénéfique pour vous de maintenir votre habitude (quel est le bénéfice secondaire du fait de continuer à fumer ?).
Il n’est pas rare que j’accueille des personnes qui pensent vivre, avec l’hypnose, une expérience qui va d’une certaine manière les endormir pour qu’elles se réveillent ensuite allégées de leurs problèmes. Or, l’hypnose n’a rien à voir avec l’état de sommeil et sollicite la participation active de l’accompagné. Certes, il est possible de suggérer en hypnose jusqu’à des formes d’amnésie (par exemple faire « oublier » ce qui déclenche l’initiative d’un comportement, comme celui de placer une cigarette à la bouche) ; mais si cette amnésie est suggérée trop tôt dans le processus de changement, et/ou empêche la satisfaction d’un « bénéfice secondaire » (ou du besoin de survie), elle finira par faiblir.
La clé du succès d’un accompagnement : changer de regard sur ses blocages et accueillir sa complexité
Une manière – légitime – de parler de ce qui se joue à ce moment là serait l’expression « auto-sabotage ». Si l’on continue de regarder la psyché humaine comme un ensemble de « parties » de personnalités, l’expression employée ci-avant peut présupposer une forme de jugement de valeur qui implique que des objectifs conscients sont porteurs de justesse et que le reste, plus inconscient, pour le dire en des termes crus, nous emmerde. Donc la partie qui porte tout cela nous sabote et doit être « neutralisée », pour ne pas dire éliminée.
Je préfère parler d’un mécanisme de protection interne, qui agit au nom de ce qu’une partie plus inconsciente de votre personnalité croit être juste pour vous. Car selon différents courants de la psychologie (théorie de la dissociation structurelle, Internal Family System, psychanalyse) même les parties de nous ayant des stratégies violentes à notre égard (comportements auto-destructeurs par exemple), le font pour noter bien (par exemple, dans l’idée d’apaiser une douleur ou de nous éviter à toux prix d’être confronté de nouveau à un contexte traumatisant).
Ainsi, puisque toutes nos parties veulent notre bien, notre voix royale vers le mieux-être est de viser l’écologie interne, une forme d’équilibre résultant d’un dialogue et qui facilite autant que possible le consentement (« personne » ne dit non) de tout ce qui constitue la richesse de notre personnalité.
Mettre au ban une partie de soi revient à se créer des troubles psychologiques
Donc, chercher, par exemple, à forcer une amnésie de manière pérenne dans le temps reviendrait à mettre encore plus au ban, voire effacer, éliminer cette partie de personnalité qui agit pourtant, à la base, pour votre bien. Plus aucune dialectique dans ce cas là, plus de dialogue entre différentes parts de vous, mais plutôt une forme de prise de pouvoir assumée d’au moins une part de soi sur les autres.
Lorsqu’une partie de soi est mise à l’écart par une autre, on appelle cela la dissociation (altération de la conscience de soi et de la personnalité, ayant des conséquences aussi sur la relation à l’autre, à son environnement selon les théoriciens de la dissociation d’origine traumatique S. Boon, K. Steele, O. van der Hart). Rappelons que la dissociation, lorsqu’elle dépasse le stade de rêveries ponctuelles, est le marqueur de différents troubles psychologiques, dont le trouble de stress post traumatique (voir les référentiels DSM-V & CIM11 pour plus d’infos sur la dissociation dans les troubles psychiatriques).
Pour en savoir plus sur les effets de la mise au ban d’une partie de soi par l’amnésie : Richard Bandler a documenté les effets secondaires possibles de l’installation de formes d’amnésie (en PNL, cousin proche de l’hypnose ericksonienne contemporaine – voir notamment ses livres « Trance-formations » et « Un cerveau pour changer »). Voir aussi l’excellente vidéo de Kévin Finel sur les souvenirs en Hypnose.
Article écrit « à l’ancienne » par Candice
Pour enrichir encore vos réflexions sur le sujet, consultez la dernière partie : Débunkage sur la manipulation en hypnose et conclusion

