Débunkage sur la manipulation en hypnose et conclusion à « pourquoi l’hypnose ne marche pas sur vous » ?

Cet article est le dernier volet de la série d’article consacrée aux blocages en hypnose (relire l’introduction Pourquoi l’hypnose ne fonctionne pas sur vous ?, la Partie 1 : Vos perceptions et vos attentes sont uniques, la Partie 2 : Peur du lâcher-prise en hypnose : et si c’était une bonne idée ?).
Nous avons vu dans les articles précédents que les difficultés à rentrer en état d’hypnose sont un bel indicateur, un appel à vous rapprocher un peu plus de qui vous êtes vraiment, et surtout de ce que vous avez vraiment besoin de vivre dans l’ici-et-maintenant. Avant de conclure cette série, je vous propose quelques lignes sur le véritable pouvoir de l’hypnose concernant la manipulation malveillante.
Débunkage : non, l’hypnose n’est pas l’outil idéal pour vous manipuler (à votre insu)
La manipulation malveillante n’a pas besoin d’hypnose
Se faire manipuler la jambe quand on va chez le kiné après le retrait d’un plâtre, c’est le contrat. Ce qui peut attirer quelqu’un dans un cabinet d’hypnose, c’est le projet de se faire manipuler l’esprit en vue d’un objectif bien précis (ce qui n’est pas forcément pérenne, voir paragraphe sur l’écologie interne)… ou celui d’apprendre à manipuler son propre esprit soi-même (auto-hypnose).
Et en même temps, une des craintes que l’on peut avoir quand on prend rendez-vous chez un inconnu, c’est de se faire manipuler à notre insu. Aussi, contrairement aux idées reçues, l’état d’hypnose n’est pas l’outil idéal pour pratiquer le lavage de cerveau et parvenir à de sombres desseins (dominer le monde, violer, tuer). Les études en psychologie clinique et les rapports institutionnels (notamment la MIVILUDES et The American Journal of Psychiatry) montrent que les abus recensés relèvent de l’emprise psychologique et du grand pouvoir accordé au praticien, plutôt que de l’état d’hypnose en lui-même. L’hypnose, donc, ne neutralise pas le libre arbitre ; c’est la relation d’autorité ou de dépendance installée en amont qui crée la vulnérabilité.
Rappelons ainsi que Stanley Milgram a étudié comment une figure d’autorité peut amener une personne à renier ses valeurs, et comment une dynamique de groupe peut inciter une personne à faire quelque chose qui lui paraîtrait ridicule en temps normal (voir ici un exemple plus contemporain à la fois drôle et inquiétant). Concernant les suspicions d’abus sexuel du psychanalyste Gérard Miller, qui se serait servi de l’hypnose pour parvenir à ses fins, on retrouve dans les témoignages les mêmes mécanismes de sidération qui peuvent survenir lors de nombre agressions sexuelles classiques, ainsi que souvent une grande différence d’âge entre l’agresseur supposé et la victime (voir un article de médiapart sur le sujet).
L’hypnose est la cerise sur le gâteau
Donc, lorsqu’une manipulation malveillante parvient à nous impacter, nos mécanismes habituels de vigilance peuvent être inhibés, et d’autres mécanismes comme la sidération et/ou la dissociation peuvent s’installer, et dans certains cas prendre les traits d’un état ouvert à certaines suggestions hypnotiques. Dit autrement, vous vous faites embarquer par une personne hautement manipulatrice, et voilà que l’hypnose est la cerise sur le gâteau ; elle vient accélérer une dynamique qui est déjà là.
Il faudrait rédiger a minima un nouvel article pour expliquer comment se construit et se manifeste concrètement une suggestion hypnotique, et comment elle se décline dans la plupart des actes de communication, commerciale, politique, mais également interpersonnelle. L’une des plus célèbres étant la négation (« quoi qu’il arrive, ne pensez pas à un éléphant rose ». Perdu.).
La dissociation est aussi une technique hypnotique, utile par exemple lorsqu’on veut travailler sur la douleur lors d’une intervention médicale. Lorsqu’une infirmière vous questionne sur vos vacances pendant qu’elle fait une prise de sang ou qu’un chirurgien vous opère la main, c’est une porte d’entrée vers la dissociation (être davantage dans vos souvenirs plutôt que de la perception de l’instant présent) à laquelle vous adhérez bien volontiers. Si un agresseur repère votre état de sidération (qui vous déconnecte notamment de vos capacités à vous défendre), il peut vouloir chercher à l’amplifier, et voici que cette part de vous qui était déjà sur mars accepte d’être propulsée dans une autre galaxie.
Le meilleur remède aux dérives : choisir un bon accompagnement pour soi
Bon à savoir, rentrer en état d’hypnose – entendu comme un état différent de votre état ordinaire et qui permet de décaler significativement vos perceptions de l’ici -et-maintenant – est une vraie compétence, qui se muscle et s’affine à mesure qu’on la pratique. Et plus on pratique l’hypnose, plus on apprend à repérer rapidement comment ces états se manifestent dans notre corps, nos perceptions. Donc, d’une certaine façon, pratiquer l’hypnose régulièrement est une façon puissante de renforcer sa connaissance de soi et sa capacité d’autocontrôle (accepter de lâcher prise en conscience, n’est-ce pas une forme de contrôle ?).
Bien au delà de l’hypnose Ericksonienne, il n’est pas toujours évident de jauger, en amont d’une entrevue, à quel point l’on peut devenir réceptif aux manipulations malveillantes, aux relations d’autorité néfastes, en particulier lorsque l’on souhaite poser ses vulnérabilités dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique. De plus, même sans intention malveillante de la part du coach ou thérapeute, un accompagnement peut venir déclencher certaines résistances, qu’il faudra alors nécessairement mettre au jour et intégrer à votre cheminement (voir article sur la peur du lâcher-prise).
La meilleure manière de maximiser ses chances d’atteindre ses objectifs de manière sécure, pérenne, écologique est de choisir un bon accompagnant pour soi. Dans un tel espace, vous vous sentez en sécurité, libre de faire vos propres choix et connecté·e à votre capacité de regard critique. Cela, tout en restant ouvert aux propositions qui pourraient permettre de décaler ou d' »augmenter » votre connaissance de vous-même et des solutions qui s’offrent à vous.
En conclusion de cet article en quatre volets : un accompagnement en hypnose efficace à long terme accueille votre singularité et intègre vos résistances
Si l’hypnose ne semble pas fonctionner sur vous, c’est très probablement lié au fait que les conditions dans lesquelles vous avez expérimenté cela jusqu’ici ne vous permettaient pas de vivre, avec curiosité et ouverture, une expérience d’état modifié de conscience à la fois sécure et ajustée à votre singularité.
Pour ce faire, il s’agit à la fois de faire évoluer certaines de vos dispositions internes (lâcher vos attentes, vos croyances sur ce que vous allez vivre, accueillir votre complexité) en continuant d’écouter vos besoins (choisir son accompagnant en écoutant notamment votre ressenti sur sa posture et le cadre qu’il propose). Ce juste équilibre n’est pas forcément simple à trouver d’emblée. C’est plutôt une dynamique en constante évolution, qui invite à l’expérimentation, à s’ouvrir à une logique essai-apprentissage. Elle implique également d’accepter de prendre le temps d’explorer.
En hypnose ericksonienne, nous travaillons avec la singularité de vos perceptions et accueillons aussi à bras ouvert vos résistances, en étant curieux de ce qu’elles viennent raconter, sans préjugé (On va trop vite ? On n’est pas au bon endroit ? Y a t-il un bénéfice secondaire à ne pas régler un problème ?). C’est une technique pleinement adaptée pour vous aider à trouver ce juste équilibre.
Article écrit « à l’ancienne » par Candice
Si vous avez des questions plus générales sur l’hypnose Ericksonienne, cliquez sur le lien ci-avant.

